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"L’Art et la MAnière..." n°4 avril 2003

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Loin, bien loin...

Deux amis s’en sont allés au pays que nul n’ignore mais que peu seulement osent visiter. De retour ils se retrouvent pour échanger leurs impressions :

-   J’ai vu là-bas bien des choses, et je ne saurais oublier ce que m’ont livré ces murs, ces pierres, ces visages et cette lumière au cœur du ciel.
-   Comment as-tu fait ? Je ne comprends pas. Pour moi, tout me fut hostile, et à peine puis-je retenir un souvenir précis de notre endroit tant je m’y suis obligé à égaler l’image prestigieuse qu’il renvoie, tant j’ai trouvé sur mon chemin d’ennemis prêts à me dépasser.
-   Mais alors tu n’as rien vu ?
-   Si, des nuages si près de moi que j’ai du me débattre pour m’en débarrasser et ne pouvais en venir à bout. Plus je les écartais, plus ils se multipliaient.
-   Il fallait les laisser tranquilles. Toute tempête qui est empêchée sait bien se venger car en réalité rien ne l’arrête et l’homme s’affaiblit plutôt à ne pas l’affronter.
-   Je voulais seulement m’enrichir de connaissances nouvelles puisque cette terre et ses habitants m’étaient inconnus et je n’ai récolté que le vent des nuages.
-   Peut-être est-ce là ton erreur. Pour ma part je ne voulais rien. Je me suis même perdu dans certains dédales sans chercher à m’en sortir mais ainsi je me suis trouvé et j’ai même tout retrouvé. Je me suis livré à cette vie comme on se jette à l’océan. Dans les flots j’ai vu tous les regards, tous les désirs, tous les espoirs qui étaient les miens et me dépassaient à la fois. Toute connaissance est née de la communion avec tous et n’était que connaissance de moi-même. Tout le reste ne fut que détail insignifiant. De ces deux personnes, l’une voyait l’invisible au-dedans d’elle-même et au-delà de tout horizon, et l’autre était aveuglé par ce qu’elle ne pouvait voir et qui la plongeait au-devant d’elle-même sans qu’elle ne puisse distinguer rien d’autre. Mais en réalité ces deux figures ne cohabitent-elles pas en chacun de nous ? N’est-ce pas alors notre regard qui peut tout changer ? Ce pays si lointain n’est-il pas à nos pieds... à la Sorbonne même ?

Louis LEDERLE

Retour d’exil

Savez-vous qu’il existe une contrée où le silence est prince en face du monde, où toute agitation et toute quête futile s’éteignent, endormies par des échos qui plongent en nous emportant au cœur de nous-mêmes ? savez-vous que là-bas j’étais hier ? Seul en face de moi-même. Au début je me sentais bien, fort, empoigné dans un mouvement que rien d’autre que moi-même n’imprimait à mon être. Très vite après je me suis senti faible aussi. Parce qu’une fois que tous les masques avaient disparu, j’ai eu l’impression de perdre autant d’étais. Toutes ces choses où je faisais semblant de vivre, toutes ces choses qui n’étaient toujours que des fuites où j’essayais de ne pas me trouver, où j’essayais de me montrer aux autres comme ils m’attendaient, tout d’orgueil. C’est souvent pareil. On a peur d’être soi-même parce qu’on veut que les autres nous aiment, qu’ils nous regardent, et on pense ne pas suffire sans orgueil. On croit se connaître trop bien pour, sans le savoir, pouvoir être au-delà du monde. On croit se connaître de fond en comble, ce qui nous empêche d’échapper au monde. Autrement dit, on croit notre être limité à ce qu’on en connaît nous-mêmes, c’est-à-dire ce qui nous apparaît comme aux autres, ce qui est du monde. J’ai toujours été ainsi, se dit-on, et je ne peux rien changer, sauf à modifier le monde. Mais il ne faut pas avoir peur, il n’y a qu’une chose à faire : retrouver ce que donne cette marche du silence où nul masque ne tient plus.... Retrouver en tout la sincérité, la bravoure d’être soi, de réaliser ce que seul nous commande ce qui est en nous au plus profond, et non ce que le regard des gens que l’on croise nous impose. Ou même ce que voudrait nous faire croire une certaine société : vous êtes fait pour consommer, soyez le meilleur, la plus belle, courez, etc.

Non. Tout mouvement doit être une réponse, doit tenir son jaillissement d’une source des plus profondes, sinon il sera vide, absent, désincarné, seul, inutile, perdu... Il faut revenir de cette solitude rempli de cette force qui s’impose, mouvement naturel si la recherche est véritable. L’unité est une chose dynamique, une pure présence qui façonne.

Et pourquoi ne pas essayer au sein de l’université de vivre cette recherche ? Et pourquoi ne pas essayer de vivre pleinement dans cette communauté où chacun peut apporter son unité qui prendra tout son sens en construisant ainsi l’unité du tout, une unité véritable, c’est-à-dire qui avance et qui englobe ?

Si cette présence est, alors le groupe rejaillira de la vie de ses membres. Vivre cette recherche au sein d’un groupe, c’est trouver cette solitude en tout lieu, qui donne l’indépendance de l’identité personnelle.

Le danger du groupe c’est qu’il a presque sa conscience propre, qui peut vite être annihilante pour les autres consciences, plutôt que le lieu où elles fusionnent sans se perdre, mais c’est sa force aussi...

Voyez l’enjeu : un endroit où tous sont pris en compte véritablement, parce que véritablement là, présents, et qu’on ne peut pas ignorer un être vivant... On ne sera plus là pour soi sans toujours trop savoir pourquoi, mais là pour chercher, chacun selon son caractère, ensemble. Pour faire vivre le monde où nous sommes d’une vie véritable que la sincérité retrouvée entre tous donne, cherchons le silence de cette solitude partout où nous sommes, cherchons à être au plus pur de nous-mêmes. Le silence donne la sincérité, il permet seul de révéler ce qui s’impose.

Si l’on consacre sa vie à la vérité, la science sera dans cette quête un fruit aux mille parfums dans un jardin où nous ferons nos vies, dans un horizon où toute diète sera vaincue...

Alors notre vie sera vérité, notre vérité sera vie. L’université peut être pour certains ce pays où la science tendra ses racines dans l’homme vivant, c’est-à-dire cherchant...

Pierre VAUTHRIN

Election du Président de la Sorbonne

le 24 avril 2003, M. Jean-Robert PITTE, Professeur de Géographie, a été élu dès le 1er tour de scrutin. Il prendra ses fonctions dès le 21 mai, à la suite du président Molinié.

Nouvelles des conseils :

Conseil de l’UFR de Philosophie, 27 mars

Un an que le conseil s’était réuni pour la dernière fois, nous étions donc impatients d’y siéger. Il fut question, cette fois-ci, comme souvent en ce moment, de la réforme LMD (Licence Master Doctorat) et plus particulièrement des deux années de Master correspondant aux actuels maîtrise et DEA. Faut-il garder une année commune d’études générales avant de se spécialiser en 2ème année seulement dans un voie professionnelle ou une voie de recherche ou faut-il se spécialiser dans une des 2 voies dès la 1ère année ? La réflexion reste ouverte, mais l’ensemble du conseil penche plutôt pour la 1ère option. A 5 minutes de la fin, pourtant, une surprise fut créée, au saisissement des professeurs. DIES fit une proposition audacieuse et reçue comme constructive par le conseil. Il faut maintenant mener à bien ce projet dont nous espérons que vous verrez bientôt le jour...

Conseils centraux

Vos élus se sont réparti les places dans les différentes commissions de travail : Raphaëlle et Alix à la commission d’aide aux projets étudiants et associations culturelles, Marion à la commission sociale.

Conférence sur les Goums par Michel MENU

Mardi 6 mai 2003, à 20h, en Sorbonne, amphi Guizot Venez suivre ce parcours de désert !

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